Richard Stallman

Richard Stallman a démissionné de son poste au MIT et à la Free Software Foundation.

C'est la nouvelle majeure de cette semaine, au moment où cet article est écrit.

Mais c'est qui ce mec ?
Oh c'est juste le mec (on l'appelle parfois rms, pour Richard Matthew Stallman) qui a fondé le projet GNU et la Fondation pour le Logiciel Libre, régulièrement invité pour des conférences pour dire les mêmes choses depuis 30 ans. Bref.

Avant toute chose, annonce des Content Warning : mentions de viol et de pédopornographie.

Richard Stallman a démissionné après avoir remis en question la définition du viol et de l'agression sexuelle, suite à la mise en cause d'un de ses anciens collègues du MIT, Marvin Minsky, dans l'affaire Jeffrey Epstein. Cette tentative de redéfinition s'est faite dans une mailing list interne au MIT, sur laquelle se trouvent des professeur·e·s, docteur·e·s, mais également des étudiant·e·s.

Une étudiante a eu écho de la discussion et décide d'en parler dans un post. Elle a appelé à la démission de Stallman suite à ces propos.
Le post a été repris dans la presse, notamment par Vice qui a publié les mails en question. Puis, les médias généralistes firent leurs propres articles sur le sujet, avec plus ou moins d'exactitude (le titre de cet article du Daily Beast indique que Stallman défend Epstein, ce qui n'est factuellement pas le cas au regard de ces mails).

Le 16 septembre, Richard Stallman annonce sa démission de son poste au MIT. Le même jour, la Free Software Foundation annonce la démission de l'énergumène au poste de président de la fondation.

Si jamais il te viendrait à l'idée que l'on en fait trop pour si peu, bois de l'eau et continue la lecture de cet article.

Richard Stallman a eu des propos très dérangeants depuis au moins 2003.

Le 25 mai 2003, le créateur du fromage de pieds avec dégustation en conférence a donné son avis sur les relations sexuelles des mineur·e·s, en suggérant que les personnes de 14 ans ou plus devraient avoir des relations sexuelles, tout en considérant qu'il est contre-nature de ne pas vouloir baiser.

Le 5 juin 2006, l'auteur de la “Free Software Song” se dit sceptique sur le fait que la pédophilie laisse des séquelles sur les enfants.

Dans une interview en août 2007, l'homme qui déteste (à raison, pour une fois) les imprimantes déclare ne pas avoir connaissance de femmes ayant contribué au logiciel libre. Pourtant, quelques noms de femmes sont présents dans la liste des contributeur·ice·s à GCC.
Dans la même interview, il reconnaît ne pas connaître l'existence de Debian Women (un groupe destiné à la mise en valeur des femmes dans le projet Debian) et poursuit sur le fait que Debian propose des logiciels non-libres.

Le 4 juin 2011, l'auteur de la GPL n'est pas content que le Congrès américain veuille fouiller les ordinateurs des honnêtes gens à la frontière. On sait jamais, une photo de toi et ton amoureuse mineure pourrait se trouver dessus. “Il se pourrait qu'il s'agisse d'une adolescente sexuellement mature, que n'importe quel adulte trouverait attirante. Qu'il y a t'il de mal à posséder cette photo ?”

Le 15 septembre 2012, le fondateur du Parti Pirate suédois, Rick et Morty Falkvinge, s'associe à rms pour demander la fin de la censure de la pédopornographie.

Le 25 avril 2019, le vendeur ambulant de peluches GNU considère que Jeffrey Epstein n'est pas un pédophile puisque toutes les personnes qu'il a violé ont fait leur puberté.


Malheureusement, il n'a pas exercé que dans le domaine de la pédopornographie.

En juillet 2009, lors d'une de ses habituelles conférences, il endosse le rôle de Saint IGNUcius de l'Église d'Emacs. Il s'avère que dans la salle, il y a des “vierges d'Emacs”, des “femmes qui n'ont pas été introduites à Emacs” (un éditeur de texte, au passage) et qu'il faut donc “les libérer de leur virginité”.
Il ne s'est jamais excusé.

La porte de son bureau au MIT comportait cette inscription :

Toujours au MIT, une étudiante en 2004 se souvient qu'on lui ai conseillé de dire qu'elle est une utilisatrice de vi si jamais rms venait à lui parler.
Dans le même article, on apprend qu'en 1985, rms faisait du chantage émotionnel en menaçant de se suicider si une étudiante refusait de sortir avec lui. Elle a refusé. Il est toujours vivant.


Beaucoup d'éléments peuvent être ressortis sur rms, ce qui vient d'être évoqué n'est qu'une fraction de l'ensemble de ses actes.


« Il est soupçonné d'être autiste, ça peut se comprendre qu'il agisse ainsi ! »

Être autiste, ça se diagnostique. Ce n'est pas à toi de dire si quelqu'un est autiste, c'est à la personne concernée et/ou le médecin de le dire.

En aucun cas être autiste est une excuse valable quand on a un comportement aussi abject pendant plus de 35 ans. 35 ans.

Durant ces 35 dernières années, Richard Stallman avait de nombreuses opportunités d'améliorer son comportement. Il n'en a pratiquement jamais profité. Au mieux, il expliquait qu'il s'agissait de malentendus, au pire, il ne s'expliquait pas.

Durant 35 ans, ce sont des gens le défendant (genre, toi) qui lui ont permis de se conforter dans ses opinions et attitudes. Et qui ont dégoûté des centaines d'autres personnes de contribuer au projet GNU, voire au logiciel libre dans sa globalité.

« Oui mais enfin, c'est le créateur du logiciel libre, il faut le respecter ! »

Oui bien sûr, respecter un homme qui a contribué à GCC, Emacs, make dans les années 80-90, qui n'y touche plus depuis, et qui revient d'un seul coup pour poser un veto sur une blague horrible parce que “c'est moi qui décide”, c'est une bonne idée.

Respecter un homme qui ne respecte pas les pronoms employés par les gens pour parler d'eux-mêmes, c'est une bonne idée.

Respecter un homme qui dit “Je ne me réjouis pas de la mort de Steve Jobs, mais je suis content qu'il ne soit plus là”, c'est une bonne idée.

Respecter un homme dont la seule activité depuis au minimum 20 ans est de donner des conférences qui ne changent pas d'un iota alors que nos sociétés évoluent, c'est une bonne idée.

Ce n'est pas parce que c'est le créateur du logiciel libre qu'il faut se permettre de ne pas inviter d'autres personnes (qui contribuent à la société, elles) dans les médias et nos conventions.

Mais on invite d'autres personnes, regarde on a Stéphane Bortzmeyer ou Tristan Nitot aussi !

Le sujet reste le même. Il existe des personnes tout à fait compétentes (des mecs, mais surtout des meufs) qui ne demandent qu'à être invitées et qui ne le seront probablement pas à cause de rockstars.

Doit-on rappeler que Jacob Appelbaum a également été défendu par la communauté du logiciel libre alors qu'il était accusé de viol ?

On ne peut que chaudement te recommander la lecture de En finir avec les rockstars.


La démission de Richard Stallman est une bonne nouvelle.

Mais elle aurait dû arriver plus tôt. 15 ans plus tôt.

La Free Software Foundation se référait à la vision quasi religieuse (ou sectaire) de rms concernant le logiciel libre. Avec sa démission, on ne peut qu'espérer que la Fondation change de point de vue et adopte une vision politique du logiciel libre.

Car, doit-on le rappeler, tout est politique.
Pourquoi utilises-tu Firefox plutôt que Chrome ?
Pourquoi Ubuntu plutôt que Microsoft Windows ?
Pourquoi Framapiaf plutôt qu'une autre instance ?
Tes réponses à ses questions sont le reflet d'un choix politique.

Vouloir rester dans une vision “apolitique” du logiciel libre, c'est au mieux de la bêtise, au pire un boulevard laissé aux entreprises capitalistes friandes de logiciels propriétaires et de brevets.

Mais qu'est-ce qu'une vision politique du logiciel libre ?

D'abord, il faut redéfinir le logiciel libre. Il s'agit de logiciels ou de services dont la principale caractéristique est est que leur codes sources sont accessibles, facilement et gratuitement.

Le logiciel libre, c'est s'assurer que le logiciel ou service est accessible à tout le monde. C'est-à-dire créer des logiciels ou des services avec une interface et une expérience utilisateur·ice adaptée aux personnes valides ou non.

Le logiciel libre, c'est des logiciels ou des services qui ne mettent pas à l'écart une frange de la population, n'ayant souvent pas beaucoup de privilèges. On peut citer Funkwhale qui s'engage avec un Code de Conduite à inclure le plus de personnes possibles.

Le logiciel libre, c'est mettre à disposition le code source, comme dit précédemment. Mais c'est aussi fournir l'aide nécessaire aux personnes en ayant besoin pour contribuer au code ou pour installer son logiciel / service. Ça veut dire passer par la documentation de son logiciel, mais également guider les gens. Là encore, Funkwhale nous fournit un bon exemple. Ça peut aussi être la mise à disposition d'un espace de discussion et d'assistance.

Le logiciel libre, c'est admettre l'idée que le partage est une valeur humaine. Aussi, la diffusion d'un logiciel ou d'une copie modifiée ne doit pas être empêchée. Le logiciel libre est gratuit ou à prix libre, et il est possible de passer par des plateformes comme Liberapay pour se financer.

Le logiciel libre, c'est une vision de la société. C'est considérer que l'informatique doit être utilisable par tous et appartenir à tout le monde. C'est considérer la société actuelle, une société capitaliste remplie de brevets et de logiciels propriétaires, comme une société qui doit être détruite.

C'est ça, *une* vision politique du logiciel libre.


L'annonce de la démission de rms a été une bonne nouvelle pour certains, une tristesse pour d'autres.
C'est pour ça que ce site a été créé, en hommage à n-gate. Pour mettre en avant ces voix marginalisées. Nous vivons dans une société.

Journal du 17 septembre 2019, Richard Stallman démissionne, Linuxfr (commentaires)

Un internaute se réjouit de la démission de Richard Stallman, signifiant qu'il pourra à nouveau travailler sur GNU/Hurd. Un autre déclare que le bougre a bien mérité sa retraite à 66 ans.
Pendant ce temps, une webmerde est attristée. En effet, on ne peut plus rien dire. On ne peut plus faire de blagues sur les pronoms employés par les gens. Si je rigole en disant que “ze” est le pronom utilisé pour le genre “français”, est-ce que je vais être attaqué par des SJW ?
Deux cyber-crevures se réjouissent de voir une autre cyber-crevure dans les commentaires et font des allusions à des relations sexuelles avec mineurs.
Plusieurs défenseurs de la démocratie sont déçus de voir la société évoluer vers une sorte de tribunal populaire. S'en suit une discussion sur l'âge de la majorité sexuelle.
Un voyageur du web réclame implicitement son cookie, ayant assisté aux cours d'éducation sexuelle.
Linuxfr a soudainement appris l'anglais et chacun corrige l'autre sur l'interprétation des mots employés par rms. Pendant ce temps, deux clampins rigolent sur le sort de la victime et le tribunal de Twitter.
« Je n'ai pas trouvé de vrai article, neutre, concernant cette affaire. Déjà parce que j'ai pas beaucoup de temps. »
Un psychologue de comptoir veut qu'on appelle les réseaux sociaux des “réseaux psychopathes”, leur but premier étant d'amplifier les “tendances névrotiques d'une société hyper-connectée”.

Richard Stallman a démissionné à l'âge de 66 ans, une bonne occasion pour rappeler que Jeanne Calment est morte à 120 ans.

« Laisse tomber. » est ce qui représente le plus mon état après cette journée de recherches et d'écriture.

Journal du 18 septembre 2019, La démission de RMS: un autre point de vue, Linuxfr (commentaires)

Une cyber-merde s'en fout de ce qui est reproché à rms, de la même manière qu'il s'en fout que Polanski soit un violeur car ses films sont bons.
Un internaute se réjouit que rms ne soit pas en prison puisque Linuxfr ne l'a pas demandé, et que le MIT et le FSF sont assez grands pour savoir quoi faire.
Un·e féministe met en évidence les discours plutôt problématiques de Linuxfr, et se fait démonter dans les commentaires à coup de “not all Linuxfr”.

Journal du 18 septembre 2019, Tristesse, Linuxfr (commentaires)

Un internaute est triste, parce que “l'homme le plus intègre qui soit” a été mis à sac par des haters. Un autre vient lui dire qu'il est scandaleux de minimiser les propos des victimes et que rms n'avait pas besoin de rajouter des arguments au fait que l'informatique est un milieu sexiste. S'en suit une discussion sur à quoi sert la justice.
Pendant ce temps, quelqu'un se demande si “l'homme le plus intègre qui soit” ne serait pas Patrick Balkany.

Journal du 19 septembre 2019, La vérité sur la démission de Richard Stallman, Linuxfr (commentaires)

Un complotiste affirme que la conférence de rms dans les locaux de Microsoft, suivi quelques jours plus tard de sa démission du MIT et FSF, n'est pas une coïncidence. Il est évident qu'il faut user du second degré dans les moments durs. Linuxfr débat ensuite sur le fonctionnement du Windows Subsystem for Linux.